Réchauffement climatique : l’agriculture pire que les sables bitumineux !
Par Flow le vendredi, juin 12 2009, 10:40 - Changement climatique - Lien permanent
Un rapport du gouvernement canadien, rendu public par Statistique Canada, confirme les impacts significatifs sur l’environnement de l’agriculture au Canada et du système alimentaire dans son ensemble. La tendance sur plusieurs décennies confirme une dégradation importante de l’environnement causée par l’agriculture et le système alimentaire. Pour Greenpeace, il est de plus en plus urgent de mettre en place des politiques publiques qui encouragent non seulement les bonnes pratiques écologiques en matière d’agriculture, mais aussi un système alimentaire qui soit sain, géré efficacement et écologiquement durable.
L’agriculture... pire que le pétrole et la foresterie !
Les émissions de GES provenant directement de l’agriculture au Canada (sans inclure néanmoins l’utilisation d’énergie comme pour les tracteurs ou les séchoirs !) ont augmenté de 26,5 % entre 1990 et 2006, soit plus que la moyenne pan-canadienne totale (+22 %). Les plus hautes augmentations proviennent de la « fermentation entérique », c’est-à-dire de la digestion des animaux d’élevage (+34 %) et des engrais (+32 %).
L’intensité en émissions de GES par tranche de 1 000 $ de production en agriculture est l’une des plus élévée (3,1 tonnes équivalent de CO2) parmi les différents secteurs économiques. Deux fois plus que l’extraction du pétrole et du gaz (1,4 tonne), du charbon (1,5 tonne), et 5 fois plus que la foresterie (0,6 tonne) !
D’après les calculs du gouvernement, l’agriculture au Canada produit directement 62 millions de tonnes de GES annuellement, soit 8,6 % du total des émissions canadiennes en 2006. Heureusement que seulement 7 % de la surface du Canada est utilisée par l’agriculture !
Le rapport de Statistique Canada examine aussi les données sous un autre angle, celui des dépenses des ménages. En 2003, les dépenses liées aux achats d’aliments en magasin ont produit 46 millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES), soit environ 6,4% du total des émissions de GES au Canada. Mais ces chiffres n’incluent ni l’énergie utilisée par les ménages pour se rendre en voiture à l’épicierie, ni l’entreposage dans un congélateur ou un réfrigérateur, etc...
Le rapport note aussi qu’« avec des émissions de 4 tonnes de GES par 1 000$, la fabrication de pesticides, d’engrais et d’autres produits chimiques agricoles est l’activité, parmi les 56 industries secondaires, la plus intensément émettrice de GES » (p. 39). Ceci démontre que l’agriculture industrielle (pesticides, herbicides et OGM) contribue à l’aggravation des problèmes environnementaux sans même aborder la perte de biodiversité, la contamination des eaux et les problèmes de santé reliés aux produits toxiques.
Bref, on peut affirmer que les émissions de GES de l’ensemble du système agroalimentaire du Canada seraient au moins de l’ordre de 10 à 15%. Un rapport scientifique de Greenpeace calcule qu’au niveau mondial, l’agriculture est la source d’entre 17 et 32 % de toutes les émissions de GES, en incluant la déforestation pour l’élevage et la culture de plantes comme le soya OGM au Brésil.
Selon Michael Pollan, professeur à l’Université de Californie à Berkeley et auteur du livre In Defense of Food : An Eater’s Manifesto, le système alimentaire américain utiliserait 19 % des énergies fossiles consommées aux États-Unis et produirait jusqu’à 37 % des émissions américaines des gaz à effet de serre.
Il faut remarquer que même si on prend en considération le pourcentage de 6.4 % (pourcentage des GES canadiens provenant de l’agriculture), ceux-ci représentent environ 1,6 tonne de GES par an et par habitant au Canada. À titre de comparaison, les émissions totales moyennes de GES d’un habitant de l’Inde sont de 1.4 tonne par an ! Bref, simplement pour produire des aliments au Canada, nous émettons plus de GES par habitant qu’une personne en Inde !
OGM et pesticides
Entre 1971 et 2006, les dépenses en produits chimiques par superficie ont augmenté de 1 106% dans les prairies et de 119 % au Québec ! La plus forte augmentation a eu lieu au cours de la décennie 1991-2001, qui correspond aussi à l’arrivée des OGM tolérants aux herbicides sur le marché à partir de 1995 (+83% d’augmentation dans les Prairies et +40 % au Québec). En 2005, par rapport à 1970, on constate une augmentation de 190 % des surfaces arrosées d’herbicides.
Gaspillage alimentaire
Par an, seulement 71% des calories achetées au Canada (3 384 calories par personne) ont été consommées. Il s’agit donc d’un gaspillage de 29 % des calories alimentaires produites ! Ceci représente aussi 183 kg par personne et par an d’aliments perdus, soit 38% du total en terme de poids ! Il n’y a donc pas de pénurie de nourriture mais, au contraire, une très mauvaise gestion alimentaire. Réduire le gaspillage permettrait d’éviter des sources de pollution environnementale et des émissions de GES inutiles, tout en faisant économiser le consommateur !
Selon le rapport du gouvernement, près de la moitié des émissions directes des GES de l’agriculture provient de la production de viande (23%) ou de produits de la viande comme les oeufs, le lait et les fromages (20%). Comme le concluait aussi un rapport scientifique de Greenpeace en 2008, réduire sa consommation de viande serait une autre façon de participer à la lutte aux changements climatiques.
Les solutions existent
- Changer de politique agricole et encourager l’agriculture écologique. Voir les demandes de Greenpeace pour une agriculture écologiquement et socialement durable au Québec... et donc sans OGM.
- Exiger que le gouvernement du Québec applique le rapport Pronovost sur l’avenir de l’agriculture.
- Exiger que le gouvernement du Canada applique le Protocole de Kyoto !
Action
Étiquetage obligatoire des OGM... pour dire NON aux OGM et à l’agriculture industrielle ! Cliquez ici pour envoyer en 30 secondes un courriel à tous les députés du Québec !
De Éric Darier (source) Transmis par ClimaBlog